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Nomination à la Banque de France: une opportunité pour l’autonomie stratégique

Tribune parue sur LeMonde.fr le 30 avril 2026 co-signée avec Alain Grandjean.

La démission prématurée de François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, confère au président de la République l’opportunité singulière de nommer son successeur. Vu l’importance de l’institution, un tel privilège de nomination ne saurait s’accommoder d’une logique de fin de règne. Elle exige une réflexion lucide de l’évolution du rôle de la banque centrale face aux enjeux de souveraineté énergétique, géopolitique et numérique.

En effet, comme l’a énoncé récemment [le Néerlandais] Frank Elderson [membre du directoire de la Banque centrale européenne] dans une tribune parue dans le Financial Times, les conséquences du blocage du détroit d’Ormuz confirment une réalité brutale déjà vécue en 2022 : la stabilité des prix dépend fortement de notre dépendance aux énergies fossiles. Face à cette « fossilflation », la Banque centrale européenne (BCE) se trouve face à un dilemme : si elle augmente les taux, la politique monétaire sacrifie la croissance et ralentit les investissements nécessaires à la transition (comme l’a montré cette étude récente). A l’inverse, si elle ne bouge pas, la BCE risque sa crédibilité.

De nouvelles réponses doivent être imaginées pour dépasser ce dilemme. Dans la lignée du discours du président de la République à la COP28 de Dubaï, il serait temps de réfléchir à la mise en place d’une différenciation entre le coût du capital pour le « vert » et pour le « brun ». A l’instar des politiques de crédit export opérées par la Bundesbank et la Banque de France jusque dans les années 1990, les outils de politiques monétaires et prudentielles peuvent être redéployés, par exemple pour inciter les prêts bancaires dans la rénovation et l’électrification, dont la massification contribuerait à réduire les pressions inflationnistes par les prix de l’énergie.

Exercices de funambulisme

Sous l’impulsion de François Villeroy de Galhau, la Banque de France a su s’imposer comme un leader pionnier sur les enjeux climatiques. Ce bilan est un acquis précieux, salué autant par les organisations non gouvernementales environnementales que par un rapport de l’Assemblée nationale [en décembre 2025]. Mais compte tenu des menaces géopolitiques, la situation exige une réponse plus proactive sur l’énergie que de se cantonner à accompagner le secteur financier dans la prise en compte des risques financiers liés au climat.

Comme Mario Draghi et Christine Lagarde l’ont prouvé à la tête de la BCE, il est possible de faire évoluer la doctrine des banques centrales sans enfreindre les traités ni l’indépendance de celle-ci. Une solution réside dans une interprétation plus audacieuse de l’article 127 du traité européen. Celui-ci stipule que la BCE a le devoir de soutenir les politiques économiques de l’Union, sans préjudice de la stabilité des prix. Ce « mandat secondaire » ouvre la voie à des initiatives concrètes, à l’image du verdissement des rachats de dette d’entreprise impulsés en 2021 par Christine Lagarde. Néanmoins, avec vingt-cinq ans de recul, il est manifeste que ce mandat secondaire est trop souvent perçu à Francfort [Allemagne] comme un luxe que la BCE ne s’autorise qu’en période de faible inflation.

A l’avenir, il est impératif de considérer ce mandat secondaire comme une véritable boussole. Il doit servir de guide pour mieux naviguer et prendre des décisions, y compris face aux turbulences économiques et géopolitiques. Les juristes de la BCE l’ont bien précisé : toute action de la banque centrale sur son mandat secondaire ne peut que s’inscrire dans le sillage de l’impulsion stratégique donnée par le Conseil européen, la Commission européenne, et le Parlement européen. Mais les politiques de l’Union sont multiples et parfois contradictoires et il n’existe aujourd’hui ni procédure ni forum désigné pour indiquer de manière claire et univoque les « politiques économiques générales » que la BCE pourrait soutenir plus particulièrement. C’est ce vide politique et institutionnel qui cause périodiquement les hésitations de la BCE sur ses interventions, et qui la contraignent, en bout de course, à des exercices de funambulisme juridique afin de justifier ses interventions d’urgence sur les marchés.

Orientation politico-stratégique claire

Comme le recommandent depuis longtemps des experts, et plus récemment le rapport d’information de la commission des affaires européennes de l’Assemblée nationale, il faudrait une coordination structurelle renforcée entre la BCE et les instances démocratiques, notamment le Parlement européen. Une telle coordination permettrait de clarifier son périmètre d’action dans l’exercice de son mandat secondaire.

Evacuons toute ambiguïté : l’objectif n’est pas de contraindre la BCE, mais de pallier l’incapacité d’une banque centrale indépendante à se substituer à la volonté politique. Qu’il s’agisse des enjeux majeurs tels que les dépendances énergétiques, les risques climatiques, la mise en œuvre de l’euro numérique ou l’internationalisation de l’euro, la BCE a besoin d’une orientation politico-stratégique claire, lui permettant d’agir ou pas en toute indépendance, mais aussi dans un cadre assurant sa légitimité.

L’indépendance de la Banque de France constitue un rempart essentiel face aux pressions irréfléchies des marchés et des factions politiques axées sur le court terme. Il est donc impératif de nommer une personnalité dont le parcours témoigne d’une probité et d’une neutralité exemplaires. La crédibilité et l’efficacité de l’action du futur gouverneur au sein du conseil des gouverneurs de la BCE en dépendent directement.

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Il faut clarifier le mandat secondaire de la BCE

Alors que les traités de l’UE stipulent clairement que la BCE doit « soutenir les objectifs généraux de l’Union européenne », il ne devrait pas revenir à la BCE d’user de son pouvoir discrétionnaire pour agir sur ces objectifs secondaires. Les institutions politiques de l’UE telles que le Parlement européen doivent clarifier, et prioriser aux objectifs secondaires pour légitimer l’action de la BCE.

Tribune parue dans Le MondeMakronomIl Sole 24 OreDe Tijd, NRC.

La Banque centrale européenne (BCE) est aujourd’hui confrontée à un paradoxe. D’une part, elle n’a pas vraiment atteint son objectif principal de stabilité des prix, puisque l’inflation a été largement inférieure à sa cible de 2 % ces dix dernières années. D’autre part, malgré cet échec, la BCE envisage aujourd’hui de faire davantage que de simplement veiller à la stabilité des prix dans la zone euro.

Christine Lagarde a ainsi fait naître l’espoir que la BCE mette en place des mesures concrètes contre le changement climatique à l’occasion de l’évaluation de la stratégie de la banque centrale qu’elle a lancé à son arrivée.

En théorie, les traités européens imposent déjà à la BCE d’atteindre d’autres objectifs que son mandat principal de stabilité des prix. L’article 127 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE) stipule ainsi que, sans préjudice de l’objectif de stabilité des prix, la BCE « apporte son soutien aux politiques économiques générales dans l’Union, en vue de contribuer à la réalisation des objectifs de l’Union, tels que définis à l’article 3 du traité sur l’Union européenne (TUE) ».

S’adapter au fil du temps aux nouveaux défis

Cette disposition est bien souvent mentionnée par tous ceux qui désirent pousser la BCE à agir dans une direction ou dans une autre. Ainsi, les syndicats souhaitent généralement que la BCE tente d’atteindre le plein emploi avec plus de force, tandis que des ONG demandent à la BCE d’en faire davantage pour lutter contre le changement climatique ou les inégalités.

De fait, l’étendue des objectifs mentionnés à l’article 3 du Traité sur l’Union européenne (TUE) – allant de la sécurité, de l’équité et de la croissance économique à la protection de l’environnement, à l’innovation et à de nombreux autres objectifs louables de l’UE – ouvre la porte à un nombre infini d’objectifs possibles pour la BCE.

En théorie, cette flexibilité pourrait s’avérer bénéfique, en permettant à la BCE de s’adapter au fil du temps aux nouveaux défis auxquels sont confrontés les Européens. Mais au bout du compte, ce flou conduit plutôt la BCE à l’inaction. En effet, en levant l’ambiguïté et en favorisant explicitement un objectif secondaire particulier, la BCE prendrait le risque d’être perçue comme prenant des décisions politiques, et préfère le plus possible se tenir à l’écart de telles décisions.

La BCE souffre en fait d’un « déficit d’autorisation démocratique »

La négligence de ses objectifs secondaires est alors compréhensible, dès lors qu’on considère que ce mandat ne contient pas d’indications sur la manière dont ces objectifs secondaires doivent être classés et atteints.

La BCE souffre en fait d’un « déficit d’autorisation démocratique », qui résulte de l’incapacité des rédacteurs des Traités européens à avoir prévu les situations difficiles que la BCE a dû affronter depuis sa création et qui l’ont bien souvent obligé à arbitrer entre différents objectifs et différents outils avec des conséquences plus considérables que ce que ses fondateurs avaient prévu (« The ECB, the Courts and the Issue of Democratic Legitimacy After Weiss », Nik de Boer et Jens van’t Klooster, Common Market Law Review n°57/6, décembre 2020).

Si la primauté de son mandat de stabilité des prix de la BCE – et, depuis 2014, de sa fonction de surveillance du secteur bancaire – est claire, la question de savoir comment la BCE doit agir pour atteindre ses objectifs secondaires est beaucoup plus floue et sujette à des arbitrages difficiles. Il est parfois possible d’utiliser différents outils pour atteindre simultanément différents objectifs, mais ce n’est pas toujours possible.

Accroître la légitimité de l’action de la BCE

Si elle est obligée de choisir, la BCE doit-elle privilégier l’emploi ou le climat ? La gestion de tels compromis est par essence une tâche politique. C’est pourquoi la BCE devrait accueillir favorablement un mandat politique clair qui expliciterait quels objectifs secondaires sont les plus pertinents pour l’UE dans une situation donnée. Comme l’a rappelé l’ancien membre du directoire de la BCE Benoit Cœuré « fixer des priorités entre différents objectifs est la définition de la politique […] et c’est ce que font les parlements ».

C’est pourquoi, afin d’accroître la légitimité de l’action de la BCE dans le cadre de ses objectifs secondaires, une procédure formelle impliquant le Conseil et le Parlement européen devrait être mise en place afin de spécifier et de hiérarchiser les objectifs que la BCE devrait atteindre.

En pratique, un dialogue entre le Parlement européen et la BCE existe déjà et pourrait être utilisé pour mettre en place une telle hiérarchisation. Le Parlement pourrait, par exemple, utiliser sa résolution annuelle sur l’activité de la BCE pour voter un classement des principaux objectifs secondaires, et recentrer ses auditions trimestrielles avec le président de la BCE afin de contrôler régulièrement l’exécution de son mandat ainsi interprété.

Mise en place d’un accord inter-institutionnel

De cette manière, la légitimité de la BCE à poursuivre un ensemble d’objectifs élargi serait confortée. Cela lui permettrait d’œuvrer efficacement – en déployant l’ensemble de ses outils disponibles – à la réalisation d’objectifs clairs, guidés par des institutions démocratiques.

Le mandat actuel de la BCE a été établi il y a trois décennies, alors qu’aucun des défis actuels n’était attendu. Il est donc tout à fait naturel que le mandat de la BCE fasse aujourd’hui l’objet d’interprétations différentes et parfois contradictoires au sein de la zone euro. Si la Cour de justice européenne a un rôle à jouer dans l’identification de garde-fous afin de garantir que la BCE respecte les limites fixées par les traités de l’UE, elle ne devrait pas décider à la place des décideurs politiques élus des orientations futures du mandat de la BCE.

Le Parlement européen a récemment franchi une étape importante en demandant en décembre 2020 la mise en place un accord interinstitutionnel précis sur ses relations avec la BCE – qui sont encore à ce jour largement informelles. Les prochaines négociations entre la BCE et le Parlement à ce sujet, parallèlement à l’évaluation en cours de sa stratégie par la BCE, offrent une occasion unique de renforcer la procédure grâce à laquelle la banque centrale rend des comptes aux citoyens européens, tout en respectant son indépendance.


Signataires de la tribune

Grégory Claeys, chercheur à l’Institut Bruegel (Bruxelles) ; Pervenche Berès, ancienne présidente de la Commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen ; Nik de Boer est professeur de droit constitutionnel à l’Université d’Amsterdam ; Panicos Demetriades, professeur à l’Université de Leicester et ancien membre du conseil des gouverneurs de la BCE ; Sebastian Diessner, chercheur à l’Institut universitaire européen de Florence ; Stanislas Jourdan, directeur exécutif de Positive Money Europe ; Jens van’t Klooster, chercheur à l’université de Louvain – KU Leuven ; Vivien Schmid, professeur à l’Université de Boston

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La leçon de capitalisme de l’Islande

Tribune publiée sur le site de la RTBF

Devenue célèbre pour avoir dit non par deux fois à un référendum sur le remboursement de sa dette vis-à-vis du Royaume-Uni et des Pays-Bas, l’Islande est devenu l’élève modèle des Indignés et de certains économistes. Mais l’histoire de la crise islandaise demeure largement mal interprétée.

Contrairement à la Grèce, la dette de l’Islande n’est pas liée à une mauvaise gestion des comptes publics, mais à ses banques. Avant 2008, les établissements islandais pratiquaient le ‘carry trade’, une technique de spéculation qui consiste à emprunter de l’argent dans une devise peu chère comme le yen pour effectuer des placements dans une devise offrant des taux d’intérêts plus élevés, en l’occurrence la couronne islandaise.

50 milliards partis en fumée

Pour ne rien arranger, les banques islandaises proposaient à leurs clients étrangers des taux d’intérêts très avantageux, leur permettant de drainer des milliards d’euros et de livres de dépôts.
Mais patatras, la crise des  » subprimes  » passe par là, et rapidement, ces banques se retrouvent étouffées par le gel des marchés interbancaires, ainsi que la chute des cours de bourse. Environ 50 milliards de dollars partiront ainsi en fumée, provoquant l’effondrement immédiat du système bancaire islandais et forçant l’Etat islandais à procéder à la nationalisation des trois principales banques de l’île.
Parmi elles, la banque Landsbanki – via sa banque en ligne Icesave – laissa ses 340.000 clients britanniques et néerlandais sur le carreau, en leur bloquant l’accès à leurs comptes en ligne le 8 octobre 2008 .

Reculer pour mieux faire sauter la banque

Mais l’Islande, qui fait partie de l’Association Européenne de Libre Echange (AELE), se devait de garantir les dépôts des clients de ses banques. Or, comme la banque Icesave opérait en Europe via une branche (et non une filiale), c’est à Rekjavik qu’il incombait de rembourser la garantie légale de 20.000 euros par client.
Mais au moment de l’effondrement bancaire, le gouvernement islandais, soucieux de préserver son économie nationale, ne peut honorer une telle obligation. Les autorités financières britanniques et néerlandaises décident alors de rembourser elles-mêmes les clients d’Icesave à hauteur de la garantie des dépôts de leur pays, avant, bien sûr, de demander à l’Islande de rembourser les 7 milliards d’euros débloqués.

Les Islandais disent deux fois « non »

A la faveur d’une accalmie des marchés, un long processus de négociations commença entre les trois gouvernements britanniques, néerlandais et islandais, afin de trouver un accord sur le remboursement des créances étrangères de Landsbanki.
Mais c’était sans compter la réaction du peuple islandais, qui demanda un référendum sur la question. La suite de l’histoire est désormais bien connue: les Islandais rejetèrent par deux fois ce texte.
Mais, si le « non » des Islandais lors du second référendum a été très médiatisé, beaucoup pensent à tort que l’histoire s’arrête là, et que l’Islande ne paiera pas. C’est tout le contraire : un premier versement a même déjà été effectué dans l’indifférence totale.
En effet, si l’Islande a refusé de payer jusqu’à maintenant, ce n’est pas seulement parce qu’elle estime que le gouvernement n’a qu’une obligation de moyen vis-à-vis du mécanisme de compensation des déposants et qu’il se devait de protéger son économie nationale avant tout. Ce n’est pas non plus uniquement parce qu’elle reproche au Royaume Uni et aux Pays-Bas les pressions subies, via le FMI, l’Union Européenne, ou encore l’usage de la loi anti-terroriste par Londres (!), afin de geler les actifs de la branche de Landsbanki en Angleterre.
Ce que l’Islande fait valoir depuis longtemps à l’autorité de surveillance de l’AELE, c’est que la banque Landsbanki sera de toute façon en mesure de rembourser directement les autorités financières britanniques et néerlandaises, une fois que la liquidation de ses actifs aura été achevée. C’est ce qu’elle a commencé à faire le 7 décembre dernier en procédant à un premier versement d’environ 2 milliards d’euros, soit près d’un tiers de la dette de la banque.
Malgré tout, la procédure judiciaire entamée par l’autorité de surveillance de l’AELE se poursuit. Le 14 décembre, elle décidé de l’assigner en justice pour son non-respect de la directive européenne sur la garantie des dépôts qui exigeait que l’Islande rembourse les Pays-Bas et le Royaume Uni au plus tard un an après la faillite d’Icesave. Mais dans le pire des cas, l’Islande sera simplement obligée d’accélérer les remboursements, l’autorité de surveillance n’étant pas habilitée à condamner les États membres à payer des pénalités.

« L’Islande n’avait pas le choix »

Finalement, le cas de l’Islande n’est pas un pied de nez au capitalisme, mais relève plutôt de la logique de base du capitalisme dans lequel les investisseurs qui ont pris des risques perdent parfois, tandis que les clients à qui l’on avait promis des garanties seront remboursés.
Pendant ce temps, l’Europe, elle, fait l’inverse. La BCE empêche, par exemple, que l’on inflige des pertes aux créanciers de la Banque irlandaise en faillite, Anglo, préférant prêter 1.000 milliards d’euros à trois ans aux banques pour les aider à se refinancer. En Grèce, le dernier plan de sauvetage prévoit au moins 30 milliards d’euros d’aide aux banques grecques pour leur recapitalisation. Bref, on fait tout pour éviter que les banques ne soient trop en difficultés.

L’Islande serait-elle un modèle à suivre pour l’Europe ? Le ministre des finances islandais, Steingrimur J. Sigfusson, interrogé en 2011 par Bloomberg , se gardait bien de donner des leçons:

« Ce qui s’est passé en Islande, c’est une situation d’urgence qui ne pouvait être évitée. Ce que nous avons fait en 2008 n’était pas de notre libre choix. C’était ça ou l’effondrement complet de l’économie islandaise.« 

Faut-il que le pire arrive pour que les règles du capitalisme soient appliquées ? C’est semble-t-il la leçon que l’Islande nous livre aujourd’hui.